La vision de la mort du Chaman - 1

Le chaman est le médecin, le magicien, le prêtre, le mystique et le poète de certaines sociétés tribales d'Asie centrale, d'Afrique ou d'Amérique. De plus et surtout le chaman est quelqu'un qui peut voyager par son vol magique à travers un axis mundi invisible aux yeux des simples mortels pour réunir les trois mondes qui composent l'ensemble de l'univers. Le chaman unit le visible à l'invisible, les enfers aux cieux élevés, et dans ces voyages, il converse avec les esprits qui habitent ces régions et acquiert leur sagesse.

Dans les cérémonies chamaniques, il existe des éléments communs qui facilitent d'une certaine manière la sortie ou l'extase du chaman. Parmi celles présentées par Halifax dans son œuvre, nous en avons choisi trois : le rythme représenté par le tambour, la mort, l'étape essentielle pour la résurrection et la connaissance, et la nouvelle vie symboliquement représentée par le masque. Le masque est important car il montre l'intériorité du chaman, il peut représenter un ancêtre qui se présente à la tribu incarnée par le chaman ou l'esprit ou l'animal totémique avec lequel il réussit à communiquer pendant la cérémonie.

Nous avons choisi trois éléments communs aux cérémonies chamaniques : le rythme représenté par le tambour, la mort, l'étape essentielle pour la résurrection et la connaissance, et la nouvelle vie représentée par le masque.

Le rythme du tambour forme le chemin que le chaman peut emprunter pendant son voyage. Un rythme original et primordial qui le relie aussi au plus profond de la terre. Souvent, les tambours des chamans sont ornés de dessins de cartes des régions invisibles qu'ils devront traverser ou de dessins d'arcs-en-ciel qui représentent pour de nombreuses cultures le pont vers l'autre monde.

La mort, ou plus précisément le démembrement représenté par le squelette, est la première et essentielle étape pour le chaman, car dans les os réside le germe de la résurrection qui se produira après son voyage en esprit vers les mondes invisibles. Comme le souligne Joan Hallifax, l'instruction ne vient qu'après l'expérience de la destruction.

Le rythme

Le chaman esquimau n'exerce pas son art particulier en privé. Le but ultime de l'expérience d'initiation et des cérémonies rituelles est le service à la communauté. Bien que, dans leur quête d'inspiration, les chamans vivent certaines expériences individuelles dans la solitude, cette nature sauvage est rapportée au peuple sous forme de cérémonies. Chez les Esquimaux, on croit que les gens créent leur propre malheur en brisant les tabous. Les confessions publiques, ainsi que la participation communautaire aux cérémonies chamaniques, sont des éléments nécessaires à la fois pour libérer les tensions et pour créer la base d'une purification totale.

Le rythme des tambours chamaniques rassemble l'ensemble des éléments rituels ainsi que les individus séparés dans un espace unifié. La répétition continue des sons des tambours résonnants crée un état de transe qui a un impact dynamique sur tous les participants.

Le chaman yakut sibérien chante "le tambour est mon cheval", lorsqu'il le bat, il le conduit dans l'autre monde. Le tambour est aussi le territoire du chaman. Sur le tambour est peinte la carte des mondes qui s'ouvrent pendant le voyage du chaman.

La vision de la mort du Chaman - 2

La mort

La nature transformatrice de la mort est révélée par l'image d'un squelette portant un couteau sacrificiel dans sa main droite et les bois d'un cerf dans sa main gauche. L'expérience de mort et de renaissance d'un chaman à travers un processus symbolique d'automutilation mortelle est complétée par une expérience de renaissance à partir des os comme s'ils étaient une graine.

L'esprit qui attaque et détruit un chaman néophyte peut devenir son instructeur, son allié et son aide après l'épreuve et les terribles expériences subies lors de l'initiation. Chez de nombreux peuples esquimaux, par exemple, l'acquisition d'un esprit était un processus violent impliquant des mutilations et des démembrements.

La squelettisation de la figure du chaman est la personnification de sa mort. En même temps, comme la graine d'un fruit après que sa pulpe ait disparu, ses os représentent le potentiel de renaissance. Le chaman néophyte doit mourir jusqu'à la finitude pour atteindre la connaissance de l'immortalité. Le démembrement sacré du corps du chaman est une manifestation du royaume de la multiplicité chaotique pour renaître de la graine de ses os dans un ordre d'existence supérieur.

Le masque

La descente dans le royaume de la mort, la maison des esprits malades, est liée à la faiblesse fondamentale de l'humanité. Dans les profondeurs se trouvent les esprits voraces qui instruisent tout en détruisant. La réceptivité du chaman au monde de ces créatures s'ouvre après qu'il se soit rendu à la mort.

Le visage du masque en bois a une expression surprenante. Les yeux sont ouverts mais sans expression, comme si la "vie" était terrifiée par le sujet. Le néophyte est peut-être mort ; ou bien il a subi une crise (l'épilepsie est souvent associée au chamanisme). De même, la langue qui sort goûte la sagesse de ceux qui habitent les royaumes stériles.

Claude Levi-Strauss appelle le processus de transmission "le baiser de la connaissance" : le chaman partage le nectar originel du monde des créatures. La mort brute et l'univers amoral non duel leur sont révélés. Il n'y a pas de moralité dans le regard acéré d'un faucon, il n'y a pas de moralité non plus dans la mort. En portant son masque, le chaman rappelle également aux autres la condition fondamentale de leur existence.

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